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Leurs profits valent-ils plus que nos vies ?

Voici un article sur le virement à droite du parti socialiste français et de sa candidate à la présidentielle :

Ségolène Royal : Leurs profits valent-ils plus que nos vies ?


La candidate du PS, Ségolène Royal, mise sur la seule peur de Sarkozy pour gagner l’élection présidentielle.

Qui a dit : « Je dis aux entreprises : faites des profits, il n’y a pas de honte à faire des bénéfices. Il faut sortir de cette idéologie punitive du profit » ? Nicolas Sarkozy ? Raté, c’est Ségolène Royal. Décidément, rien ne l’arrête. Au moment où, malgré les profits affichés, les plans de licenciements s’amoncellent provoquant rage et dépit pour des centaines de milliers de familles, et à quelques encablures de l’élection, Ségolène Royal fait le choix d’afficher ses sympathies aux patrons à la « une » de la revue Challenges.

Les rédacteurs de la revue le soulignent eux-mêmes : « Jamais aucun dirigeant socialiste - pas même Michel Rocard - n’était allé aussi loin dans la rupture avec les origines guesdistes du parti. » Ils mettent ainsi le doigt sur la mutation du Parti socialiste qui est engagée. Inachevée, cette mutation consiste à moderniser le vieux parti pour le débarrasser définitivement de ce qui reste de l’héritage des deux siècles précédents. Le moderniser pour qu’il ressemble au Labour britannique ou à la social-démocratie allemande et puisse, sans que cela ne génère trop de contradictions en son sein, durer au pouvoir sur la base d’un projet libéral tempéré. Le programme mis en avant par la candidate se situe dans cette logique. Il s’agit de trouver un point d’équilibre pour une situation instable, baptisé « ordre juste ».

C’est pour cela que, si elle indique aux patrons qu’ils ne doivent pas avoir honte de s’enrichir, elle ajoute deux limites : il faut que « l’argent soit honnêtement gagné », et qu’il « soit correctement redistribué ». En d’autres termes, le libéralisme, tempéré par la morale comme philosophie économique et sociale. Du coup, on ne trouvera aucune mesure concrète pour organiser cette redistribution des richesses ni, a fortiori, pour en fixer le niveau. Sans s’attaquer aux profits, avec Royal comme présidente, on peut avoir « l’ordre », mais il ne faudra pas espérer avoir la « justice » sociale.
On promet le Smic à 1 500 euros, mais brut, et dans cinq ans. Quand Libé demande à la candidate quelles mesures elle prendra dans les 100 premiers jours - symboliques d’une volonté politique -, elle annonce une timide réforme institutionnelle, où l’on insère une dose de proportionnelle. Pour l’emploi, elle avance une nouvelle mesure, censée favoriser l’emploi des jeunes, le « contrat première chance », un dispositif qui s’inspire des emplois jeunes de Jospin-Aubry et qui n’offre en rien un avenir de stabilité professionnelle aux jeunes. Bien entendu, on ne trouve nullement mention d’une quelconque volonté politique pour entraver les licenciements, pour organiser un partage du temps de travail qui génère de l’emploi sans favoriser la précarité et les bas salaires.

Si l’on peut enregistrer des inflexions positives dans le dispositif contre les violences faites aux femmes, on ne trouve rien pour imposer l’égalité salariale ou pour en finir avec le temps partiel imposé. Royal ne dit rien de la réquisition des logements vacants. Elle ne propose pas de retour sur les privatisations de la droite. Pas d’annulation du plan Fillon sur les retraites.

Enfin, s’il est positif que Ségolène Royal soit allée visiter les grévistes de Peugeot Aulnay, elle s’est contentée d’administrer aux patrons une leçon de morale, pour leur dire qu’il faut qu’ils négocient. Elle s’est bien gardée de dire qu’elle soutient les revendications des travailleurs de cette entreprise, notamment l’augmentation de 300 euros immédiate des salaires, qui ne figurent évidemment pas dans son programme.

Vous avez dit utile ?

Derrière « l’ordre juste », il y a donc la bonne vieille idéologie de la collaboration entre les classes. Il n’y aurait plus d’ouvriers et plus de patrons. Il n’y aurait que des Français, dont les relations ont besoin d’être apaisées, qui ont besoin du parapluie de la République protectrice. Une République et une nation qu’elle entend elle-même - en toute modestie - incarner et que résume son nouveau slogan, « La France présidente ». Exalter le patriotisme, faire entonner La Marseillaise et demander de mettre le drapeau au balcon ne répond en rien à l’urgence sociale. Tout au plus, cela aggrave le brouillage des repères. Beaucoup ne font plus la différence entre la gauche et la droite. Assujetie à l’impôt de solidarité sur la fortune, Royal n’arrive pas à faire souffler le vent de l’espoir du côté des couches populaires. Il ne reste au PS qu’à jouer sur la peur, celle de son élimination au premier tour. Il ne faut pas céder à ce chantage. Au premier tour, il faut choisir. C’est au second que l’on élimine. Si, le 6 mai, la droite est défaite, ce que nous souhaitons tant le projet de Sarkozy fait peur, il y aura bien besoin d’une opposition de gauche la plus forte possible. Et son poids dépendra de deux éléments : de son audience dans les urnes le 22 avril, et de la capacité des travailleurs à imposer l’urgence sociale par leurs luttes.

Frédéric Borras
Tag : politique | Un commentaire | #70 | Trackback

Commentaires

iBouh :

Le 07 Avril 2007 à 01:48
il y a donc la bonne vieille idéologie de la collaboration entre les classes. Il n’y aurait plus d’ouvriers et plus de patrons.

J'aimerais bien qu'on m'explique comment on peut dicerner des classes sociales au sens marxiste du terme en France. Les sociétés ne sont plus les mêmes qu'au XIXè siècle, vouloir lire la société d'aujourd'hui avec des concepts marxistes comme la lutte des classes est à mon avis impossible.
Attention je ne dis pas que Marx est obsolète, son apport que se soit à la philo, l'histoire, l'éco ou la socio est capital et d'une qualité intellectuelle immense. Mais je suis désolé nous ne sommes plus dans une société de classe comme c'était le cas pendant l'industrialisation.
Je pense au contraire que c'est toujours d'actualité mais beaucoup moins visibles, disons qu'aujourd'hui on ne peut plus vraiment parler de "classe ouvrière". Mais le rapport de force entre le patronat et le salariat est toujours d'actualité selon moi. Sauf que c'est de nos jours moins visible, surtout parce que la classe sociale qu'est le salariat n'est pas consciente d'elle même et de ses intérêts communs. Par contre le patronat lui me semble bien plus conscient de son "ensemble".

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